Un « Grand Prix » rock à l’arôme d’un grand cru

Fans impatients et fébriles, vous allez écouter cet album dès sa sortie, le 26 juin. D’un trait. Et à la fin, vous serez peut-être déçus. Vous direz peut-être même que vous n’y comprenez rien, que ça ne ressemble pas à Biolay. Mais, parce que c’est Biolay et que ça ne peut pas être mauvais, vous écouterez encore et encore (spoiler : vous aimerez!). Effectivement, Grand Prix ne ressemble à aucun autre album de Benjamin Biolay. Ce qui est en soi un pléonasme : Benjamin Biolay, comme Alain Bashung avant lui, ou comme actuellement Damon Albarn et Julian Casablancas, est un auteur compositeur qui casse systématiquement le jouet qui a fait son succès précédent. Autre album concept (la course automobile), autres sons, et une équipe musicale façon rock band.

Un rock band sur la piste de course

Celle qui a permis l’enregistrement de cet album s’est formée après Song Book, avec Johan Dalgaard (claviers), Pierre Jaconnelli (guitares) et Philippe Entressangle (percussions). Benjamin connaît Johan depuis 2007. Leur complicité et leur amitié s’est renforcée lors de la tournée Song Book. Pierre a réalisé le premier titre de Benjamin il y a 25 ans. Le guitariste à l’origine du succès d’ Allumer le feu croise régulièrement depuis plus de 15 ans, au gré de leur collaborations musicales sur scène ou en studio, Johan et Philippe. Tous les trois sont amis et se connaissent très bien. Leurs références musicales communes leur permettent de travailler de manière instinctive, ce qui est particulièrement apprécié par Benjamin.

Créer à l’instinct, le crédo de Benjamin

C’est donc un travail collégial qui a opéré sur la réalisation de cet album. L’enregistrement s’est fait dans une ambiance de camaraderie dans lequel chacun était très attentif aux envies et avis des autres. Tous les quatre discutent beaucoup ensemble des inspirations et des influences musicales à donner à chacun des titres avant l’enregistrement. Ensuite, comme nous l’a confié Johan Dalgaard au téléphone, tout se fait à l’instinct : « L’enregistrement est une sorte d’extension de la discussion qui se poursuit en musique. Benjamin est très attaché à l’instinct et ne fait pratiquement qu’une seule prise. Les quelques « imperfections » qui peuvent y apparaître pour les musiciens sont pour Benjamin la chance de nouveaux choix artistiques audacieux ».

Les guitares font l’harmonie, les synthés modulaires, l’originalité…

Pierre Jaconnelli, co-réalisateur de l’album, en plus d’être un orfèvre de la guitare et de la composition, sait également parfaitement faire le lien entre l’artiste, son entourage et les besoins stratégiques de la maison de disques. Son implication dans la réalisation et la production de l’album permet une plus grande concision de la production et une meilleure homogénéité des compositions.

Johan Dalgaard, grand amateurs des sons électroniques, a fait connaître à Benjamin le synthé modulaire qu’il avait découvert récemment. Cet instrument plaît rapidement beaucoup à l’artiste puisque qu’il implique de construire à chaque fois un son unique. L’instrument est fait de tel sorte que les sons créés sont originaux et non reproductibles. Il n’y a pas de sons pré-enregistrés et une fois débranché, l’instrument « oublie » le son réalisé. Johan Daglaard nous a ainsi confié qu’il est obligé de « sampler » pour Comment est ta peine ? le son de l’enregistrement pour le rejouer sur scène parce qu’il ne peut plus le reproduire en direct à l’identique.

Et les gimmicks, des tubes.

L’association des guitares de Pierre Jaconelli avec les synthés modulaires de Johan Dalgaard, l’ensemble porté par le talent de compositeur de Benjamin Biolay fait des merveilles. 13 chansons, deux titres sortis en promotion, dont l’un au moins – Comment est ta peine ? – est déjà un tube, avec 1 million d’écoutes en streaming. Des tubes dans ce disque il y en aura d’autres, tels Visage Pâle, Comme une voiture volée ou Idéogrammes qui seront chantés en chœur bientôt (oui bientôt!) dans les foules des festivals. On retrouve dans les mélodies les influences électro pop d’Etienne Daho et le rock des Strokes façon Julian Casablancas. Les gimmicks à la guitare ou aux synthés au début des chansons font mouche à chaque fois. Le titre est immédiatement identifiable, la mélodie tourne, rythmée et dansante sur des textes qui le sont souvent bien moins.

Parce que faire danser sur des chansons tristes, comme Joy Division faisait se soulever les foules en interprétant Love will tear us appart, tel est le St Graal de Benjamin Biolay. Alors, dans Où est passée la tendresse ? véritable pépite de l’album, il chante –  »  je rêve d’euthanasie mais je suis trop couard pour le faire / chaque jour ma vie est plus courte que la veille / Je ne suis pas fini mais ce n’est plus du tout pareil « . De la même manière sur le titre Papillon Noir (partagé avec Anaïs Demoustier) – « Je suis le garçon bizarre celui qui n’a rien à voir / Je suis ta vie dans ce qu’elle a de plus dérisoire  » – toujours sur une mélodie rock et dansante. Le pari semble réussi.

Sa route, jusqu’à Interlagos.

L’album Song Book avec Melvil Poupaud et la tournée qui s’en est suivie lors de l’hiver 2018-2019 a été l’occasion, pour Benjamin Biolay, de chanter le répertoire de crooners. Lui qui peut-être par timidité, chantait presque souvent trop bas, a ainsi découvert qu’il était capable d’interpréter ce type de répertoire et d’utiliser cette voix qu’il n’avait jamais osé pousser. Il a aussi compris, comme nous l’a confié Johan Dalgaard, qu’il pouvait « crooner » même sans formation musicale importante (sur Song Book il n’y avait que Melvil Poupaud à la guitare ou à la batterie et Johan aux claviers) pour l’accompagner. Et qu’encore mieux, il lui était agréable de le faire sans jouer lui même d’un instrument, en étant seulement chanteur. De cette voix, il va se servir pour interpréter des textes ciselés à la plume, qui sont parmi les plus personnels qu’il n’ait jamais écrits.

La merveilleuse et très sincère Ma route, écrite justement dans le tourbus de Song Book, en est le plus bel exemple : « J’ai traversé le siècle tel l’enfant d’un autre / Jamais le plus select, pas avare de mes fautes / Hier c’est le printemps, demain c’est le tombeau / Bienheureux ceux qui croient que leur survivent les mots ». Raffinement suprême dans la nostalgie du temps qui passe, on entend sur les dernières mesures du morceau, le son d’un trombone, instrument dont il a joué adolescent, jusqu’à obtenir le 1er prix du conservatoire de musique de Lyon.

Deux autres chansons très personnelles (La roue tourne, avec les chœurs sur les dernières mesures de Chiara Mastroianni et Interlagos interprété avec sa fille) s’intercalent entre d’autres titres plus rocks (Virtual Safety car, presque instrumental, l’entrainant Où est passée la tendresse ? ou Souviens toi l’été dernier en duo avec Keren Ann)

Alors oui, cet album vous l’aimerez. Parce qu’à chaque nouvelle écoute, vous y découvrirez des pépites cachées sous chaque gimmick, dans chaque mesure dansante. Dans ce Grand Prix vous entendrez les virages et les lignes droites, celle de départ comme celle d’arrivée. La vie, l’amour, la mort réinventés version rock et électro-pop dans tout ce qui signe la  » marque Biolay  » : l’élégance, la finesse, le travail, la justesse.

Si Benjamin Biolay a depuis longtemps convaincu la « profession », il lui reste encore à sortir de la case de chanteur plébiscité par les mélomanes – ou élargir le cercle trop restreint encore de ceux ayant su dépasser l’image et les clichées véhiculés dans les médias à une certaine époque – pour conquérir le cœur du grand public. Et, avec ce disque, il pourrait faire mentir son idole, John Lennon, qui disait en parlant du rock français qu’il était « comme le vin anglais » (soit mauvais, comme chacun le sait).

Avec cet album, le vin anglais aurait sûrement eu l’arôme d’un grand cru.

AVINAVITA : 5 titres au plus près de l’italie

Ils étaient notre coup de coeur pendant le confinement, le groupe Avinavita nous avait fait voyager et continue son trajet en sortant aujourd’hui un premier EP de 5 titres.

L’AMERICA

C’est en 2019 que le chanteur Antoine Pillemy entouré de ses 5 musiciens, Claude Gomez, Alexandre Vincent, Cyril Rebillard et Nicolas Cusimano ont sorti leur premier extrait « L’America ». Une mise en bouche délicieuse que cet enivrant chant du peuple racontant l’immigration d’un jeune italien de son village natal. 

Premier extrait de cet EP, l’América est paru en vidéo live avant d’être suivi par « Orchi Turchini » le 15 avril dernier.

AVINAVITA pour « une vie d’avant »

C’est pendant un jour de neige que le groupe se réuni pour la première session d’enregistrement de cet EP. Inspiré par les chants et musique traditionnelles d’Italie du sud, le groupe nous partage ses origines et leur héritage musical sur des airs rythmés et festifs, parfois mélancolique. 

Un rappel aux traditions et aux racines de leurs ancêtres que le groupe souhaite transmettre au travers de leur signature sonore. 

Les compositions alient mélodieusement des genres mêlant chants, instruments électriques et acoustiques. Le Tamburello, guitare accordéon traditionnel  et la mandoline napolitaine joué par le talentueux Cyril Rebillard accompagnent ainsi la voix du chanteur Antoine Pillemy, 

Immigration, textes d’amours et sérénades (Angelare, A Curuna…), avec ce premier EP de 5 titres, Avinavita nous offre un moment de liberté et de sincérité. 

Jazzy mais « Frenchy » avant tout, Thomas Dutronc

Pochette de l’album « Frenchy », de Thomas Dutronc.

Thomas Dutronc revient avec « Frenchy », un album de reprises des plus grands standards français et internationaux. Un album de reprises de plus, comme il en existe tant ? Cela serait mal connaitre Thomas Dutronc. Ce qu’il nous propose avec ce nouvel album n’a rien de banal.

Frenchy façon crooner de jazz

L’artiste s’est entouré des plus grands musiciens du jazz actuel (Rocky Gressey à la guitare, Eric Legnini au piano, Denis Benarrosh à la batterie et Thomas Bramerie à la contrebasse) pour réécrire à sa façon les chefs d’oeuvres devenus institutions tant ils ont marqué leur époque et traversé les générations. La voix chaude et ronde est mixée très en avant, les instruments omniprésents. Tout est travaillé pour ne laisser à l’écoute que l’émotion de la voix posée sur une instrumentalisation épurée au service du texte.

Les titres sont chantés en français (La mer, Un homme et une femme, la vie en rose) ou mêlent l’anglais et le français au gré d’un duo sur le magnifique If you go away (Ne me quitte pasJacques Brel) interprété avec Haley Reinhardt, véritable coup de cœur de l’album tant l’émotion est brute et l’interprétation parfaite. 

un siècle de titres mythiques

Le Jazz s’impose sur la reprise en trio de « C’est si bon » partagé avec Iggy Pop et Diana Krall. Le cinéma également avec l’inoubliable Un Homme et une femme, la bande son des amoureux dans le film de Claude Lelouch. Mais le Jazz Manouche surtout, celui de Djando Reinhardt qui a tant compté dans la vie d’artiste du fils de l’homme aux cactus est présent avec les intemporels All for you ou Minor Swing.

On espère que Thomas pourra nous faire partager cet album et surement aussi d’autres titres de sa carrière, dans une tournée l’année prochaine.

Entre Steve McQueen et Pink Floyd, Benjamin Biolay en pôle position sur le Grand Prix de la chanson française à textes.

A minuit vendredi, a été mis en ligne sur toutes les plateformes de streaming « Comment va ta peine » le premier extrait de Grand Prix, le nouvel album de Benjamin Biolay chez Polydor, dont la sortie est prévue le 26 juin.

Alors oui, ça y est, Benjamin revient. Avec un album concept, cela va de soit. « Un petit film » de plusieurs dizaines de minutes dans lequel en 13 scènes, (soit autant de chansons) le chanteur déclinera en musique les thèmes de la course automobile et ses aléas : la route, les voyages, la victoire et la défaite, la vie et la mort. Cet album est d’ailleurs dédié au pilote Jules Bianchi mort en 2015 après un accident sur le circuit du Japon.

Entre Steve Mac Queen et Pink Floyd

Telle une affiche de film, la photo de Mathieu César pour pochette de l’album montre le chanteur en combinaison de coureur, assis devant une Matra de la fin des années 60. En arrière plan, un homme portant une combinaison en feu courre derrière une Mercedes. Pink Floyd et Steve McQueen. La pochette de Wish you were here avec l’homme en feu symbolisant l’absence de Syd Barrett, le bassiste historique du groupe. La Mustang du film Bullit avec laquelle Steve McQueen livre une course poursuite dans les rues de San Francisco. Le rock et la course. La vitesse et (ou ?) la vie.

Alors avec tout ça, qu’attendre, supposer surtout jusqu’au 26 juin, du nouvel album du boss de la chanson française ?

En pole position dès le tour de chauffe

Le premier titre, tel le tour de chauffe, laisse présager les plus belles choses. Comment va ta peine a tout d’un tube. Le synthé pop de Julian Casablancas et des Strokes, l’électro planant de Daho et les violons de La Superbe. Mais du Biolay dans le texte avec un groupe tout autour : Johan Dalgaard aux claviers, Pierre Jaconelli aux guitares (aussi co- réalisateur de l’album) et Philippe Entressangle aux percussions.

Alors avant mêmes les « essais » du 15 mai – la sortie du 2e extrait sur les plateformes-, on peut d’ores et déjà espérer la pôle position pour un album qui s’annonce comme l’un des plus réussis du chanteur caladois.

The New Abnormal : ne cherchez pas ça ne ressemble à rien d’autre. ET C’EST NORMAL PARCE QUE C’EST LES STROKES.

Le nouvel album tant attendu des Strokes est sorti le 10 avril. Et tout le monde en parle. Alors pourquoi pas nous…aussi ? Parce que les Strokes on les aime. Et surtout Julian (oui, on avoue).

Alors, on a lu toutes les critiques qu’on a pu, mais on a surtout lu les textes et écouté les musiques. Et on vous raconte notre Abnormal à nous.

LAISSONS PARLER LES ADULTES …. 

C’est en 2001 que les 5 new-yorkais au look adulescent, sortent Is This it, leur premier album. 

Désignés comme les sauveurs d’une scène rock à bout de souffle, les Strokes deviennent alors LA référence de la scène rock indépendante. Le groupe créé alors son propre modèle : un son porté par la puissance des guitares seules accompagnant la voix originale du chanteur Julian Casablancas, le tout dans un style mêlant garage rock et post punk. 

Is this it est suivi et confirmé par Room on fire, qui deviennent des albums piliers fondateurs aussi mythiques que perturbants pour le band New-Yorkais. À la faveur d’une pause, Julian entame une carrière solo et sort Phrazes for the Young, dans lequel il démontre que son génie artistique ne dépend en aucun cas d’un groupe. Lui qui était fondamentalement attaché au son des guitares fortes supportant la voix, il découvre le pouvoir des synthés dans la réalisation de ses titres. Le retour des Strokes en 2011 avec Angles est ainsi marqué par l’apparition de claviers, puis de synthés pop dans l’album suivant, Comedown Machine (2013).

Faudra-t-il tuer le père ?

L’introduction des synthés et des sonorités électroniques dans la production du groupe est très mal reçu par la critique et les fans. Ces derniers reprochent à leurs idoles, en délaissant les guitares saturées du rock garage pour des arrangements plus électroniques, de renier leurs racines et de s’éloigner de l’essence de ce qui a fait leur succès. Tant et si bien que lors de leurs derniers concerts, le groupe ne jouera aucun titre des deux derniers opus. 

A quand le prochain jumeau actualisé de Is this it ? Certains n’ont toujours pas compris que c’était tout sauf ce que voulait Julian Casablancas.

Changer tout, tout le temps. Une Bad décision, vraiment ?

The New Abnormal ne ressemble à aucun des autres albums des Strokes. Parce qu’il faut tourner la page et créer quelque chose de nouveau. Et c’est normal, parce que c’est les Strokes

Un album déjà beaucoup critiqué mais ces attaques le groupe les attendaient, puisqu’elles sont les mêmes depuis huit ans. Dès la première chanson The Adults are talking , le ton est donné. En plus du titre qui laisse supposer un jeu de gamins organisé dans le dos des plus grands, l’outro dévoile un échange sur le ton de la dérision entre Julian et ses comparses sur le côté trop « excentrique » de ce titre pour les fans « historiques » du groupe. « Revenons aux anciens sons, aux anciens rythmes » disent-il en plaisantant. 

La désinvolture envers ces fans conservatistes et les critiques haineuses est encore plus poussée dans le titre Bad décisions (qui sonne comme un basique des Strokes). Pour tourner la dérision encore plus loin, le groupe va s’inspirer d’un vieux titre de Billy Idol (1981)Dancing with myself, pour montrer aux détracteurs de la créativité que ce n’est pas une « mauvaise décision » de vouloir sans cesse faire quelque chose de nouveau, et que créer toujours à partir de l’ancien n’est plus possible. La très funky Brooklyn Bridge to Chorus pose la question de la suite : Faut-il en musique, toujours aller du pont au refrain, revenir sans cesse à la même chose ? Peut-on enfin tourner la page des années 2000 ?

Alors, changer oui mais comment ? C’est la question que les Strokes poseront tout au long de l’album sur des morceaux bien plus écrits que dans les précédents. 

… ET ÉCOUTONS CHANTER LES STROKES.

9 pistes pour 45 minutes de plaisir, « The New Abnormal » s’écoute aux rythmes funky rocks mêlant mélancolie , nostalgie sur des pointes de R’n’B et soul. 

Si les fans de la première heure ont pu être rassurés, ce n’est que sur le premier titre. The adult are talking » qui sonne, grâce aux guitares saturées sur la voix de Julian, comme une promesse de retour à Is This it.

L’essence même des Strokes, leur signature, réside dans cette capacité à proposer sans cesse ce qui n’existe pas encore…

Très vite les claviers et autres synthés planants font leur retour sur Brooklyn Bridge to Chorus et le très électronique At the door. Si les guitares de Nick Valensi et Albert Hammond Jr agrémentent SelfnessEternal Summer ou même Not the same Anymore, ce n’est que pour accompagner l’électronique et les synthés omniprésents dans chacun des titres.

La voix de Julian Casablancas, apparaît quant à elle, plus naturelle et authentique ( Selfless). Le chanteur s’amuse même à passer de l’aiguë à la voix parlée (Eternal Summer). Toutes les gammes sont utilisées puisque on retrouve même de l’autotune pour accompagner le très planant  At the Door. 

La collaboration avec Rick Rubin – producteur de tout ce que la musique américaine a fait de succès depuis 15 ans (on se souvient tous encore de « Blood Sugar Sex Magik des Red Hot en 1993) – se sent dans les arrangements plus subtils, plus habillés parfois même à l’intérieur d’un même titre de l’album. On navigue ainsi entre les claviers électroniques et minimalistes de Brooklyn Bridge to Chorus, dans les intros d’At the Door ou d’Ode to the Mets.

Ce dernier album des Strokes est incontestablement marqué par la « patte » et le talent de Julian Casablancas. La disparité d’Angles, réalisé après un travail séparé des différents membres du groupe, le succès mitigé des carrières solo comparé à la réussite et la créativité incontestable de Julian dans ses différents projets musicaux (The Voidz ou Daft Punk), a prouvé que sans la direction forte de son leader, les Strokes ne seraient pas le groupe salvateur et constamment créatif qu’ils ont été, et ce, malgré les critiques récurrentes dont ils font l’objet.

Aloïse Sauvage, Dévorantes.

Dévorantes, c’est le titre de son album mais c’est aussi sa façon d’être.

Aloïse dévore. Tout, tout le temps et très tôt.

Petite, elle a fait de la batterie et du saxophone mais surtout de la flûte traversière.
Elle aimait bien faire la clown avec son frère et sa sœur mais c’est sur le bitume qu’elle préfère s’exprimer . Elle apprend le hip hop à la MJC de sa ville avec comme professeur un des danseurs de Billy Crowford. Hors des murs, elle dévore le bitume en apprenant le Break dance avec ses amis. Et puis elle a fait du cirque, beaucoup, à l’académie Fratellini, et aussi du cinéma. Après plusieurs sortie d’EP l’année dernière et de nombreuses scènes qui lui ont déjà valu une victoire de la musique, elle sort enfin son premier album.

Ses amours, en plein dans nos faces.

Avec Dévorantes, elle parle d’amour, et bien sûr, c’est banal.

Ce qui l’est moins ce sont ses mots pour le dire. Aloïse parle cruement d’amour, celui qu’elle ressent pour une autre femme. Et ça n’est pas banal. Pas banal que dans la chanson française, une femme parle ouvertement de son homosexualité. Avec Pomme ou Hoshi, Aloïse Sauvage fait partie de cette génération de femmes qui ose (enfin) dire, afficher, chanter qu’elle n’est pas hétérosexuelle.

Sa mélancolie rôde, souterraine et ne la quitte pas. Alors elle chante les masques qu’on se compose pour « être le clown de service et paniquer en coulisse » (Et cette tristesse, chanson peut-être la plus réussie de l’album).
Mais loin de se laisser aspirer par la vague de spleen, elle combat, et revendique. Dans Omowi, hymne à la tolérance homosexuelle, elle envoie se faire « enculer » et « cunilinguer » les harceleurs. Une écriture volontairement crue et imagée qui rappelle celle que pratiquait OrelSan dans St Valentin « va te faire « marie trintigner » .

Elle rêve d’une cabane au bord de la meravec un chien et des enfants. Elle sait que « la vie compte », et elle ne veut pas l’oublier. Alors elle danse « A l’horizontale » suspendue à son micro, lui même accroché à un filin sur poulie dont l’autre extrémité est tenu, selon la légende , par les biceps d’un technicien en coulisses. Et elle s’envole.

Objet symbolique, son micro devient un mégaphone pour exorciser ses douleurs, conjurer sa pudeur et parvenir en disant à tous, ce qu’elle n’a pas réussi à dire à une seule. Dans la vie elle ne « prend pas le temps, elle lui courre après » (Feux verts). Dans les méandres d’une relation à deux, elle voudrait que l’amour suffise pour rendre la vie belle, (si on s’aime) ou permettre de retrouver les parfums d’enfance que l’on a perdus (Papa).

Souchon, Stromae et Orelsan en background

Après la réminiscence d’Orelsan dans Omawi, c’est Stromae qu’on entend dans Tumeurs, métaphore sur l’insaisissable crabe que le rappeur belge avait si bien traduit dans son génial Quand c’est.
Enfin, quand Souchon chantait un Jimmy malheureux et victime des femmes qui lui brisaient le cœur, Aloïse chante une Jimy volontaire et féminine, qui ne porte qu’un seul M dans son prénom et tient une femme à son bras. Cette femme, son amour, « celle qu’elle a choisi » contre celui que la société veut qu’elle choisisse.

Dévorante enfin, donne son nom à l’album et sonne autant comme un hymne que comme une profession de foi. Celle d’une jeune artiste libre, fière de revendiquer son identité homosexuelle. Ses chansons sont expressives et directes, comme elle.

Nada Surf : ALWAYS TOGETHER

Le 7 février dernier, le groupe sortait leur neuvième album « Never not together ». Déjà plus de 20 ans que leurs chansons nous emmènent et on ne s’en lasse pas.

C’est en 1996 et emmené par le leader Matthew Cows que Nada Surf vient inonder les ondes et nos oreilles avec « Popular » extrait de leur premier album. Intitulé « High/Low », le premier opus des new-yorkais remporte un énorme succès qui les transporte des frontières de l’Atlantique jusqu’au scènes européennes. Nada Surf rentre alors sur la scène du rock pour ne plus la quitter.

De « Popular » à « Something I should do »…

7 albums et une escapade en solo plus tard, Matthews Cows rappelle sa bande : Daniel Lorca, Ira Elliot et Doug Girard se mettent alors au travail durant toute l’année dernière pour enregistrer aux mythiques Rockfield studios (qui a produit notamment les succès d’Iggy Pop, Coldplay, Alain Bashung …) au Pays de Galles.

Never not Together, le nouvel opus sorti en février, est marqué par les sonorités des précédents albums de Nada Surf, et particulièrement par la réminiscence de « Popular ». Ce titre emblématique du groupe est ne effet marqué par la manière originale qu’avait eue Matthew Cows de ne pas vouloir chanter son texte mais le parler. Plus de deux décennies après, il récidive sur « Something I should Do », et cela fonctionne.

…Nada Surf peaufine son sillon et ne s’en écarte pas.

Mais en plus des titres phares, il y a « Just Wait » , « Looking for you » « oh » et « Mathilda », il y a toutes ces ballades accompagnées de riffs qui vous font oublier le temps pendant un trajet de bus, la tête appuyée contre la vitre, le regard dans le vide, l’agitation de la journée.

Baptisé « Never not together », ce nouvel album symbolise, pour le leader du groupe Matthews Cows, le sentiment, partagé avec le génial Bon Iver, d’avoir aujourd’hui la chance d’être un artiste dans un monde en pleins bouleversements, et d’avoir la possibilité de les traduire en chansons.

Nada Surfe comme on navigue pour se perdre en musique, quelque part entre l’esprit et l’imagination.

Rêver encore, c’est ce que voulait nous rappeler Matthew Cows à travers cet album, et il a réussi.

Pomme : De ses Failles nous vient la lumière.

J’ai croisé Claire Pommet qui s’appelait déjà Pomme, la première fois sur un festival du beaujolais, dans ces monts lyonnais qui l’ont vu grandir. Je l’avais croisée alors sans la voir, obsédée que j’étais d’en photographier un autre. Il y a quelques semaines, à l’écoute du premier couplet de Je ne sais pas danser, j’ai eu honte d’être passée à côté de cette fille si sage dans sa coquille, si sage et si talentueuse.

There is a crack in everything….

Les Failles, co-réalisé avec Albin de la Simone, est son deuxième album. Pomme a 23 ans, la légèreté de sa jeunesse et la fragilité de son écriture. Elle chante dans ce deuxième album, ces aspérités de nous mêmes qui nous rendent différents, qui nous font voir le monde complexe dans le miroir des autres.

Mais de ces failles, elle veut en faire, comme le chantait Léonard Cohen, une brèche, « par laquelle vient la lumière ». De cette faiblesse des apparences « Je ne sais pas danser », de la mémoire « La lumière », du genre amoureux « Grandiose », du temps « Les Séquoias », elle veut faire des forces pour s’ancrer dans « l’héritage » que la vie lui a donné.

That’s how the light gets in

Pour personnifier cette fragilité jusque dans l’écoute, Pomme a voulu que les titres soient enregistrés « live ». Elle joue elle-même la musique en même temps qu’elle chante, comme lorsque qu’adolescente elle enregistrait des vidéos de ses compositions sur YouTube. Il en ressort des imperfections inhérentes à l’enregistrement live, avec ses légères faussetés, qui loin de nuire aux chansons, les rendent plus humaines et plus sensibles.

« Je n’écoute que Pomme et Stromae » (Billie Eilish)

Pomme et la jeune américaine qui affole les charts d’outre manche, se sont rencontrées à l’occasion d’un showcase organisé par leur maison de disque commune, Polydor. Pomme se dit admirative Billie Eilish, de son succès insolent, comme de de sa capacité à casser les codes, à chanter des textes d’un noir profond, coiffée avec des cheveux bicolores et vêtue de baggys quand ses consœurs du hit parade défilent en mini jupe et talons hauts. Grâce à elle, Pomme se sent plus libre de faire de la musique, sa musique. Pour lui rendre hommage, la chanteuse lyonnaise reprendra en acoustique à l’autoharpe dans une adaptation française écrite par elle-même, Bad Guy, le succès incontesté de la chanteuse californienne. Et la star aux cheveux bicolores le lui rend bien. Elle suit le travail de notre artiste hexagonale et est fan de sa voix comme de ses chansons. Elle avouera même en interview cette phrase qui a rendu jaloux bon nombre de song-writers francophones « Je n’écoute que Pomme et Stromae ».

Cette phrase.

Des failles jaillissent déjà la lumière.