Aloïse Sauvage, Dévorantes.

Dévorantes, c’est le titre de son album mais c’est aussi sa façon d’être.

Aloïse dévore. Tout, tout le temps et très tôt.

Petite, elle a fait de la batterie et du saxophone mais surtout de la flûte traversière.
Elle aimait bien faire la clown avec son frère et sa sœur mais c’est sur le bitume qu’elle préfère s’exprimer . Elle apprend le hip hop à la MJC de sa ville avec comme professeur un des danseurs de Billy Crowford. Hors des murs, elle dévore le bitume en apprenant le Break dance avec ses amis. Et puis elle a fait du cirque, beaucoup, à l’académie Fratellini, et aussi du cinéma. Après plusieurs sortie d’EP l’année dernière et de nombreuses scènes qui lui ont déjà valu une victoire de la musique, elle sort enfin son premier album.

Ses amours, en plein dans nos faces.

Avec Dévorantes, elle parle d’amour, et bien sûr, c’est banal.

Ce qui l’est moins ce sont ses mots pour le dire. Aloïse parle cruement d’amour, celui qu’elle ressent pour une autre femme. Et ça n’est pas banal. Pas banal que dans la chanson française, une femme parle ouvertement de son homosexualité. Avec Pomme ou Hoshi, Aloïse Sauvage fait partie de cette génération de femmes qui ose (enfin) dire, afficher, chanter qu’elle n’est pas hétérosexuelle.

Sa mélancolie rôde, souterraine et ne la quitte pas. Alors elle chante les masques qu’on se compose pour « être le clown de service et paniquer en coulisse » (Et cette tristesse, chanson peut-être la plus réussie de l’album).
Mais loin de se laisser aspirer par la vague de spleen, elle combat, et revendique. Dans Omowi, hymne à la tolérance homosexuelle, elle envoie se faire « enculer » et « cunilinguer » les harceleurs. Une écriture volontairement crue et imagée qui rappelle celle que pratiquait OrelSan dans St Valentin « va te faire « marie trintigner » .

Elle rêve d’une cabane au bord de la meravec un chien et des enfants. Elle sait que « la vie compte », et elle ne veut pas l’oublier. Alors elle danse « A l’horizontale » suspendue à son micro, lui même accroché à un filin sur poulie dont l’autre extrémité est tenu, selon la légende , par les biceps d’un technicien en coulisses. Et elle s’envole.

Objet symbolique, son micro devient un mégaphone pour exorciser ses douleurs, conjurer sa pudeur et parvenir en disant à tous, ce qu’elle n’a pas réussi à dire à une seule. Dans la vie elle ne « prend pas le temps, elle lui courre après » (Feux verts). Dans les méandres d’une relation à deux, elle voudrait que l’amour suffise pour rendre la vie belle, (si on s’aime) ou permettre de retrouver les parfums d’enfance que l’on a perdus (Papa).

Souchon, Stromae et Orelsan en background

Après la réminiscence d’Orelsan dans Omawi, c’est Stromae qu’on entend dans Tumeurs, métaphore sur l’insaisissable crabe que le rappeur belge avait si bien traduit dans son génial Quand c’est.
Enfin, quand Souchon chantait un Jimmy malheureux et victime des femmes qui lui brisaient le cœur, Aloïse chante une Jimy volontaire et féminine, qui ne porte qu’un seul M dans son prénom et tient une femme à son bras. Cette femme, son amour, « celle qu’elle a choisi » contre celui que la société veut qu’elle choisisse.

Dévorante enfin, donne son nom à l’album et sonne autant comme un hymne que comme une profession de foi. Celle d’une jeune artiste libre, fière de revendiquer son identité homosexuelle. Ses chansons sont expressives et directes, comme elle.

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